lundi 4 avril 2011

Agir au centre

Je maintiens qu'il y a un centre à découvrir, comme alternative aux violences politiques et sociales. Je l'avais opposé au centre que j'appelle le « vieux centre », parce qu'il a toujours eu quelque chose de vieux, dans le sens d'une diminution des désirs et des forces. C'est ce vieux centre qui a essayé de se reconstituer, en Savoie et ailleurs, à l'occasion des élections cantonales, les mieux adaptées il est vrai à cette tentative. J'avais brièvement rappelé sa vieille méthode : profiter des faiblesses de la droite pour lui prendre des places, puis se réfugier dans son giron pour en obtenir d'autres.

L'élection, au bénéfice de l'âge, du Président du Conseil Général, a illustré la triste image que donne ce vieux centre. Il a fait l'important une demi-journée, mais s'est rendu un peu pitoyable pour longtemps, et pour la gauche et pour la droite.

Je ne peux pas plus approuver l'alliance qui unit le MoDem à des partis qui appartiennent à la majorité présidentielle. Le MoDem est dans l'opposition, en 2008, au début de la crise financière, il passait même parfois pour le plus virulent opposant à la politique de la droite. Je crois en une démocratie qui dépassera la bi-polarisation et réinventera la représentation. Mais ces innovations supposent de libérer les énergies créatrices du peuple, étouffées par des rapports de domination qui permettent à ceux qui possèdent quelque chose d'imposer en plus leurs lois. Le combat pour la démocratie est donc un combat contre la société capitaliste.

La particularité du MoDem est de chercher sincèrement des alternatives crédibles à ce système qui, en France et dans le Monde, écrase les hommes. Je souhaite que toute la gauche entende cela dans sa brutale réalité. Car je le dis très clairement de nouveau, pas dans un bureau ni un couloir de château, c'est en rassemblant tout ce qu'on appelle « la gauche » que l'on désignera clairement, pour l'ensemble des électeurs, le choix d'une alternative à la société capitaliste.

On a vu la comédie politique que le vieux centre a joué avec la droite. Ce genre de comédies, répétées, nous conduirait à un deuxième tour de présidentielle qui pourrait être grave, n'offrir aucun espoir et rajouter à ce qui pèse déjà.

Je crois que toute la gauche peut partager avec le centre l'impératif de toujours rechercher des alternatives à la violence. L'histoire n'éclaire rien quand elle se réduit à des habitudes, elle est une forme de domination, et quand elle se réduit à l'illusion de vivre dans le passé, elle est un opium, populaire ou bourgeois. Les luttes héroïques du passé, le sang versé par les combattants de la liberté, par les militants de l'émancipation, tout cela doit vivre en nous pour donner la mesure de nos craintes, mais il serait ridicule de s'y croire, et plus ridicule encore de parler sur la « scène politique » comme si c'était d'une barricade.

L'histoire c'est aujourd'hui. Il y a des récits plus ou moins utiles pour nous en sortir, pour exister, mais au centre la réalité des conditions d'existence attend que les savoirs soient partagés.

J'ai critiqué le vieux centre, mais je pourrais en dire autant de ceux qui veulent se « marquer à gauche » en attaquant le MoDem, alors même qu'ils n'ont jamais imaginé la possibilité d'une lutte. Ce que les élections cantonales ont montré, dans le contexte mondial si particulier des Révolutions arabes et des catastrophes au Japon, c'est l'attente d'une autre société. Un signe de confiance a été adressé à la gauche, hésitant mais réel, cependant le risque demeure que la Révolution soit capturée par le fascisme. Je définirais le centrisme comme la recherche d'une société ou l'amour, la fraternité, puissent se vivre assez pour retrouver du sens et repousser la haine et le mépris. Je crois que c'est une base d'accord possible, et plus elle sera large mieux ça sera.

Michel Haudry

lundi 21 mars 2011

Maintenant il faut choisir

Revoici les symptômes électoraux de la crise de notre démocratie : l'abstention massive, le succès du FN. La première symbolise un système qui décourage, exclue, éjecte, le second symbolise la violence d'une société fondée sur des rapports de domination.

La tentation fasciste a toujours été liée à l'acceptation de la litanie des chefs, Arendt en cela nous a bien averti de la banalité du mal, après avoir décrit les aspects de sa radicalisation.

Ce qui s'est passé à l'occasion de ce premier tour des élections cantonales, pas dans la virtualité des sondages, n'est pas seulement inquiétant, c'est abjecte, merde, on en est encore là, alors qu'on est allé sur la lune, comme on dit simplement, comprenez que l'on jure, c'est la haine que nous retrouvons comme une banalité sociale.

La haine que proposent à ceux qui n'y arrivent pas, ceux qui montent petit à petit en désignant des victimes expiatoires, des pauvres bougres comme toujours, qui y arrivent encore moins, et que l'on accuse d'être des empoisonneurs, des sorciers, des voleurs de boulot...des dangers pour l'ordre social. Il y en a qui font leur carrière là-dessus, qui deviennent riches en devenant marchands de haine. Et pourquoi pas si manifestement tout le monde s'en fiche de comment on devient riche, ou de comment on devient chef.

Pour le deuxième tour je ne suis pas favorable à un « front républicain » qui sous-entendrait une alliance avec le parti qui a banalisé l'état d'esprit front national. Que ces gens se déterminent entre eux, et que chacun aussi se détermine clairement, candidat, électeur, quant à ce qu'il estime être aujourd'hui sa responsabilité. La question ce n'est pas « Marine », c'est la société à construire, très loin de ses idées. J'appelle au rassemblement de tous ceux qui sont très loin de ces idées-là.

Michel Haudry

samedi 19 mars 2011

Vive la Révolution

Les siècles ne sont pas seulement délimités par les date officielles de leurs débuts et de leurs fins. L'histoire s'échappe volontiers des solennités. En France le 19ème siècle dut attendre la chute de Napoléon pour devenir celui de la Révolution industrielle. Le 20ème siècle a commencé pour le Monde en 1914, quand la guerre a mis fin à l'illusion positiviste que le progrès humain accompagnait celui des sciences et des techniques. En 1989, ce siècle s'est conclu avec l'effondrement du projet alternatif né de la Révolution Russe de 1917, celui d'une histoire pilotée par des hommes, parce que dans la réalité ce projet a toujours justifié le pouvoir des chefs et la démesure de leurs actes.

Ces vingt dernières années, l'entre deux siècles, nos démocraties décomplexées et désenchantées ont du faire face à l'Islam radical. Il n'a pas la puissance militaire des anciens Empires ennemis, mais il joue avec les angoisses que suscite la violence aveugle du terrorisme.

L'Histoire n'est que la somme des histoires humaines, le produit n'appartient à personne. Un siècle nait, de manière non-officielle, quand des événements, vers son début, marquent longuement les temps que les hommes vivront. Il me semble, c'est une suggestion, que nous sommes témoins d'un événement qui ouvre le 21ème siècle.

Cet événement est apparu en Tunisie, puis en Egypte, il parcourt les Peuples, l'héroïsme en Libye a mobilisé le Monde. C'est une Révolution qui vient. L'usurpation des richesses, la comédie du pouvoir, l'arrogance des positions, tout ce qui semblait éternel, inaccessible, tombe. Les catastrophes au Japon ouvrent aussi l'entrée dans ce siècle des Peuples, où les formes diverses de la domination deviennent ridicules. Le tremblement de terre à Lisbonne avait au 18ème siècle, secoué la réflexion des « Lumières ». C'est désormais notre prétention à dominer la nature que cette nouvelle catastrophe interroge, d'autant qu'elle a pointé la menace nucléaire, la source d'une énergie devenue le moyen et le symbole d'une puissance devenue folle.

Est-ce le capitalisme ou la tyrannie qui s'effondre? Les deux je crois : le capitalisme est une forme particulière de la tyrannie. Il est complice des crimes d'Etat quand cela lui profite, organisateur de délits financiers à l'échelle mondiale, et concepteur de normes qui permettent tout cela. Comme toutes les tyrannies, il s'arrange pour faire croire, pas seulement aux enfants, que son ordre est le seul possible.

Les héros du capitalisme n'ont le souci que de l'argent, pas des « détails » : populations exposées aux catastrophes, familles ruinées par les produits financiers, pollutions de la nature, exploitation du travail humain, jeunesse sans perspectives, asservissement culturel... Ce système exclue ceux qui ne peuvent plus le supporter, et il éjecte ceux qui ne peuvent même pas chercher à le supporter.

Les héros des Révolutions, risquent leurs vies pour s'évader d'un monde désolé, libérés de la tyrannie qui rapetisse tout. Ces héros existent, ils sont désormais des millions dans le monde. Leur combat est clair, c'est un combat pour l'homme dont la vie ne doit pas être volée par des profiteurs. Ne laissons pas obscurcir ce message par ceux qui ont intérêt à le faire, il y a des profiteurs de toutes sortes, les religions en produisent aussi comme on sait, qui sont d'excellents alliés pour les autres. Ne leur laissons pas le temps d'agir.

Ce ne sont pas les partis qui font peur aux tyrans, c'est la Révolution. Dans l'espace de ce temps, ouvert par des Arabes, fléché par des Japonais, elle est là, dans le monde, disponible, prête. Je crois que cette Révolution ouvre le 21ème siècle, j'ai confiance, et je dédie cet espoir au martyr de la tyrannie et premier héros de la Révolution, Mohamed Bouazizi.


Michel Haudry

mercredi 9 mars 2011

Découvrir le centre



Il y a un centre visible qui cherche à se placer en poussant des coudes entre la droite et la gauche. C'est le vieux centre, et comme il a encore en tête les temps de la Guerre froide et du collectivisme, il se réfugie généralement dans les antichambres de la droite. Là, dans l'espoir d'une récompense ou d'un échec du maître des lieux, les représentants de ce vieux centre se disputent entre-eux le premier rôle. Tout cela est visible et il n'y a rien à découvrir.

Concevoir le centre comme une découverte, c'est proposer un mouvement hors de cette scène politique standardisée, sur laquelle il n'y a plus lieu de se positionner parce qu'elle ne répond plus aux attentes de la société.

Le centre qu'il s'agit de découvrir est le compagnon du mouvement par lequel la société cherche à se représenter plus clairement, à se sentir moins loin du pouvoir, à développer une intelligence plus vivante de la démocratie.

L'imagination, l'humour, l'intuition du moment, viennent de révéler que les Peuples peuvent se libérer d'un passé qui semblait figé par d'autres voies que celle de la violence, qu'un centrisme révolutionnaire est possible. N'est-ce pas ce que nous espérons des Révolutions qui viennent de Tunisie, d'Égypte, de Libye?

Nous qui vivons dans les riches sociétés démocratiques, notre histoire est pauvre d'avenir aussi, à moins d'en changer le cours. En France comme partout, la crise du capitalisme financier révèle des rapports sociaux qui sont devenus insupportables, blessants, à la fois dans la proximité, et dans la distante indifférence des pouvoirs. Souffrances à l'école, au travail, dans les familles, dans la solitude. L'imagination créatrice des émotions s'étouffe, les talents se gâchent, les vies s'épuisent.

Il y a un centre de gravité à trouver loin des habitudes. Là où le populisme se joue des frustrations et des peurs qu'elles inspirent, un mouvement s'engage pour laisser exprimer autre chose de plus personnel, de plus délicat, qui ne s'échauffe pas mais a besoin de sentir la chaleur d'une société humaine. Ce centre de gravité peut se trouver dans des opinions très éloignées du centre de la scène politique, ce n'est qu'une habitude sans importance, un jeu d'images.

C'est dans une société de confiance, d'attentions, de solidarité, que le Peuple de la démocratie se constitue. Quand les douleurs et les beautés de chaque vie conquièrent le droit d'être perçues, quand la vie de chacun compte.

Il y a un centre à trouver comme un rapport plus harmonieux aux hommes et à la nature, et qui oppose aux violences de la peur, des inégalités insupportables, la force d'une lucidité qui se découvre dans la proximité. Tout ne se joue pas d'emblée à l'échelle mondiale, entre les dirigeants de la planète. L'émancipation de chaque Peuple, l'abolition des rapports de domination, d'humiliations, libèrent des possibilités nouvelles, offertes à l'imagination de tous, ici et maintenant.

Le centre à découvrir, c'est le renoncement aux idéologies qui brident, et au cynisme qui égare. Pas besoin de carte pour y aller, ni de certificat pour y être, ce serait trop simple de s'en tirer à si bon compte. On ne découvre rien si l'on ne s'engage pas. Découvrir le centre ce n'est pas le dire platement, mais d'abord le voir, et le faire savoir, pour qu'agissent ensemble ceux qui n'ont pas lieu de se diviser, et qu'à l'évidence de conflits vains, succède un air de liberté.

Michel Haudry

mardi 27 mai 2008

L'autonomie du MoDem

L'autonomie du Mouvement Démocrate est une nécessité, ressentie comme une évidence par nos électeurs. Il peut y avoir une utilité des petits partis satellites de grandes organisations, mais telle n'est pas notre vocation. François Bayrou a proposé devant les Français un projet politique novateur, il a réuni un électeur sur cinq, nous avons constitué notre Mouvement sur cette base.
La difficulté aujourd'hui, pour le MoDem, est de poursuivre le chemin. L'autonomie n'est pas un projet réaliste si l'on ne dispose pas d'orientations.
En politique, comme dans la vie économique, l'innovation permet une "rente de situation", dont la durée s'abrège dans les sociétés contemporaines. Nicolas Sarkozy a déjà mis en scène les idées de François Bayrou, et au Parti Socialiste elles ont permis à de nombreux dirigeants de s'émanciper de la vieille rhétorique de la gauche, pour proposer désormais un discours proche du nôtre.
Si nos idées n'avancent plus, ne vivent plus, on pourra toujours se lamenter, le MoDem aura eu la grande utilité de faire évoluer la vie politique française, il n'aura pas d'avenir. Depuis un an nous avons beaucoup discuté de nos statuts, beaucoup clamé un désir d'autonomie, mais nous n'avons pas porté d'idées neuves.
Jusqu'en 2007, c'est François Bayrou qui a développé les idées et le style dans lesquels tant de nos concitoyens se reconnaissent. Pour cela il conserve beaucoup d'estime dans l'opinion, et nous devons lui laisser la possibilité de nous étonner encore. Mais le Mouvement Démocrate doit aussi devenir un parti de militants actifs.
Pour ce qui concerne notre Région, à Lyon, à Grenoble, à Chambéry, nous participons à des executifs municipaux de gauche. De cette gauche intelligente et ouverte qui apprécie nos idées et les partage pour l'essentiel. Il n'y a pas d'incompatibilité entre l'autonomie et l'alliance. C'est particulièrement vrai aujourd'hui quand le programme de Nicolas Sarkozy, tel que les observateurs du monde entier l'ont reconnu, est de transformer la France en société de marché, sur le modèle anglo-saxon. Il y a là un enjeu historique tel, que le refus de s'engager ou de conclure les alliances nécessaires, relève de la pusillanimité.
Les élections municipales conservent néanmoins des spécificités locales, et je comprends bien qu'ici ou là des militants du MoDem aient estimé que le candidat le plus crédible, le plus souhaitable pour leur commune, ait été celui de l'UMP. J'ai même soutenu l'idée que l'on accepte officiellement la liberté de choix qu'un peu partout en France nous nous sommes accordés de toutes façons. Il y a là une idée neuve pour un parti politique.
A Chambéry, si j'avais estimé que Xavier Dullin était le meilleur candidat, je n'aurais pas rejoint Bernadette Laclais. Et si j'avais pensé que moi-même, ou un autre de notre Mouvement, pouvait être le meilleur pour Chambéry, alors je me serais engagé sur la voie de l'autonomie. Juger en fonction de ce qui sera le mieux pour ses concitoyens, c'est aussi une idée qui n'est pas très répandue dans la vie politique (où les intérêts de "clans" prédominent souvent), pourtant elle est très appréciée dans la population.
Pour les temps qui viennent je propose aux adhérents et aux sympathisants du MoDem quelques orientations.
1- Nous voulons dépasser la "bipolarisation" de la vie politique, non pas pour la remplacer par une absurde "tripolarisation", mais par une nouvelle intelligence de la démocratie. J'ai proposé la notion de démocratie délibérative, pour marquer une distinction avec celle de démocratie participative, chère à Ségolène Royal : le risque de substituer le règne de l'opinion (c'est-à-dire pour l'essentiel celui de la télévision), à celui des partis, ne me semble en effet pas mince. A mon sens, le projet de démocratie délibérative repose en priorité sur une volonté éducative, sur un renouvellement du travail de réflexion dans les partis politiques, et sur une meilleure reconnaissance des citoyens actifs par les pouvoirs.
2- Nous acceptons que certains d'entre nous aient choisi d'être candidats, et parfois aient été élus, avec l'UMP, dès lors qu'ils affirment, comme le font d'ailleurs certains responsables de ce parti, leur opposition au programme de Nicolas Sarkozy. Nos choix face aux enjeux majeurs de l'histoire qui se fait ne peuvent pas être ambigus.
3- Le danger qui menace le plus nos démocraties aujourd'hui, est celui de la rapidité avec laquelle peuvent survenir des crises, écologiques, économiques, ou sanitaires à l'échelle mondiale. Notre Mouvement, à cet égard, doit être un éveilleur de consciences et de responsabilités. Il doit être un Mouvement de militants.
4- Les Démocrates sont des militants qui prennent au sérieux les principes de la République, non pas seulement d'une manière formelle, mais dans l'attention à tous les obstacles que l'on peut comprendre et combattre à leur réalisation.
5- Nous acceptons, reconnaissons, apprécions en notre sein la diversité des philosophies politiques et des expériences humaines de chacun. Notre richesse est de reconnaître que nous ne pensons pas du même point de vue, mais avec une même humanité. La France, si elle retrouve le sens de la fraternité, de l'amour de différences à la fois mystérieuses et bien connues, peut encore éclairer le Monde.
Voici, formulées rapidement, des idées, des orientations, qui me semblent essentielles pour que la question de notre "autonomie" ne soit pas qu'un mot de politique interne entre initiés, entre "modemologues", mais une évidence pour nos concitoyens.
L'avenir de notre Mouvement est sans garantie : il est entre nos mains.
Michel Haudry

mercredi 21 mai 2008

Aux Démocrates

Souvenez-vous que François Bayrou a ouvert ce chemin vers notre Mouvement Démocrate en défiant la couvée UMP, à laquelle il a dit "si l'on pense tous la même chose, c'est que l'on ne pense plus rien du tout".
Cela se peut de vouloir abolir sa liberté de juger pour faire comme tout le monde. Mais dans cette espèce d'agrégation la sincérité comme la critique deviennent suspectes, la proximité comme l'éloignement coupables, l'espace s'abolit, on s'abrutit de convivialité!
C'est cette manière de concevoir la politique comme abrutissement que les Démocrates récusent.
La pensée n'a jamais conduit à l'accord, ni à la formation de masses, mais seulement à une délicatesse dans l'affirmation des différences fragiles de nos "points de vue".
Les Grecs ont appelé "politique" la confrontation apaisée de ces différences, nous l'appelons Démocratie quand elle concerne tout un chacun, oui, tous ceux qui vivent sur cette Terre. La démocratie c'est la politique sans les prétextes à la domination.
Si nous les Démocrates, pensons que les partis du pouvoir ne prennent plus assez au sérieux les attentes de la démocratie, ne cherchons pas à être un point entre eux, ce serait être un centre mort. Ouvrons l'espace, respirons l'air où il est respirable, retrouvons des forces pour l'action.

mardi 6 mai 2008

La démocratie est un combat

La démocratie est un combat, mené pour que l’aspiration légitime des Peuples au bonheur, ne soit pas le point de départ de leur asservissement. Les replis sur soi, individuels ou communautaires, l’oubli des solidarités, l’incapacité à donner de soi-même, tout cela conduit à des sociétés faibles, craintives, qui en appellent au pouvoir hypnotique des shows pour s’évader d’elles-mêmes, et à la répression pour se protéger.

On peut appeler ça berlusconisme, sarkozysme, despotisme de l’opinion…qu’importe, ce régime s’établit à l’ombre de la souveraineté du peuple.

Certains intellectuels en dérivent à nouveau une critique de la démocratie elle-même, tant mieux si cette critique permet aux Démocrates de développer leurs forces.

Le Projet d’espoir que le Mouvement Démocrates a porté avec François Bayrou, n’a rien de commun avec les tactiques un peu convenues et datées, de ce que fut « le Centre ». Le seul point commun c’est que si les Démocrates sont redevenus des révolutionnaires, ils ont horreur de la violence, ils n’appellent pas à verser le sang, ils comprennent la dimension tragique de notre histoire, ils y font attention.

Mais l’horreur de la violence ne justifie pas la mollesse des idées. La droite qui aujourd’hui, que ce soit par conviction, par veulerie, ou par intérêt, se retrouve dans le projet d’une société gérant les égoïsmes, doit être combattue. Le « centrisme » n’a rien d’estimable s’il n’est que l’alibi d’une faiblesse des engagements. Je n’ai pas eu de complaisance pour cette espèce « d’extrême-centrisme » qui se voudrait plus pur, il a la même ambiguïté que tous les extrémismes, il se refuse à voir, il invoque des prétextes à ce refus. L’esprit de la démocratie n’est pas de mélanger les lumières et les ténèbres, mais de les distinguer.

Notre engagement politique est d’abord humaniste si l’on comprend par là que les situations sociales de domination n’ont pas de prise sur un jugement qui veut être éclairé. Cet engagement peut transformer les rapports sociaux comme les rapports des hommes à la nature, mais il faut « y aller », il faut le vouloir. Le projet des Lumières, à l’origine de la démocratie moderne, est toujours à réinventer. C’est un projet qui n’a pas les idées fixes, il fait appel à l’imagination et à la réflexion critique, pour accompagner la liberté humaine dans l’histoire qu’elle construit.

Les Démocrates ont pris de la distance à l’égard des appareils politiques qui n’ont en vue que la prise du pouvoir. Notre combat est différent, il est de rendre à une société de femmes et d’hommes libres, le pouvoir d’agir ensemble.

Michel Haudry