samedi 23 février 2008

Alain Robbe-Grillet.

Quelques jours de silence. J'ai laissé la belle tête d'Alain Robbe-Grillet veiller sur le blog, pendant qu'avec Cathy Guerrier nous organisions la campagne que nous menons sur le canton de Chambéry-est. Mais avant de revenir à la politique, quelques mots sur le maître disparu, soufflés par une amie chère.
" A un lecteur de vingt ans, le nom d'Alain Robbe-Grillet ne dit sans doute rien. Pourtant ce vieil homme chenu a été, et reste, un repère réellement important, comme l'avait été, à sa manière, le Gide des Faux-monnayeurs. ARG fut en effet un novateur, certes parfois quelque peu ambigu, mais qui explora des voies nouvelles, chercha des procédés nouveaux pour le roman, bref, qui osa- et qui ose, prend des risques, non pour le seul plaisir de se distinguer, mais avec sincérité, pugnacité, intelligence. Il mérite notre estime, le Brestois. Né en 1922, l'ami des mouettes, sautillantes picoreuses, indifférentes à la statue de Jacques Cartier, fut d'abord ingénieur agronome, spécialisé dans les fruits et agrumes coloniaux, ce qui ne pouvait guère lui suffire mais se retrouve dans le regard porté sur les choses, comme chez Ponge, "un coin de pelure déchiré sur un millimètre ou deux" ( Les choses 1953, son 1er roman publié).
Ce passionné de mathématiques pures au point de construire Les gommes selon les principes de la géométrie non-euclidienne de Lobatchevsky et Riemann, convaincu qu'une œuvre réellement intéressante doit "être à elle-même sa propre fin, s'imposant comme nécessaire, mais nécessaire pour rien" - en cela, il est le digne émule de Flaubert - comment eût-il pu ne pas être tenté par le cinéma d'essai? La collaboration avec Resnais en 1961 donna l'irremplaçable "Année dernière à Marienbad". Scénariste lui-même ensuite, il nous donna par exemple, en 1967, Trans-Europ-Express, libre expression de son éternel dilemme entre théorie et action, mémoire et projection vers l'avenir.
Disparu Alain Robbe-Grillet, lui qui pensait qu'il y a toujours du nouveau? A nous de le retrouver dans La jalousie (1955), Djinn (1989), ou dans ce roman de lui-même qu'est Le miroir qui revient (1984), qui se clôt sur une phrase superbe : "Imbécile, va! Le thé, ça n'est jamais fini."

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