mercredi 27 février 2008

La position du MoDem

Les militants du Mouvement Démocrates ont rejoint, à Chambéry comme dans plusieurs autres villes de France, ou bien la gauche ou bien la droite. C’est une situation un peu inédite pour un parti politique. Elle pose un problème de cohérence, un problème de clarté dans le débat politique. Je veux qu’une explication sur le fond ait lieu, pour mieux informer les citoyens, et pour éviter des excitations déplacées sur des questions de forme.

Le discours de François Bayrou a été entendu malgré, parfois, une certaine complexité. Il se fondait sur un devoir de vérité face aux urgences du monde où nous vivons. L’urgence écologique bien sûr, à laquelle l’opinion est devenue plus sensible, mais aussi l’urgence sociale, « sociétale », pour ceux qui vivent dans la souffrance. Le temps pèse à ceux qui souffrent, plus lourd que pour les favorisés. Il pèse à ceux dont les fins de mois, les mois entiers parfois, sont difficiles, il pèse à ceux qui subissent le mépris, les discriminations, à ceux pour qui la vie n’est pas facile, à ceux qui vivent très loin des « happy few », ces petits cercles de privilégiés dans lesquels évolue Sarkozy.

Le devoir de vérité conduit à une politique d’explication qui s’oppose à la politique de communication, à cette mise en scène permanente de coups médiatiques. François Bayrou l’a rappelé, avec d’autres responsables politiques, dans l’appel du 14 février, publié par Marianne. Appel à une vigilance républicaine.

Le résultat de François Bayrou à l’élection présidentielle de 2007, près de 20% des voix exprimées, a montré que prendre les électeurs au sérieux, ce n’est pas un suicide politique. Mais bien sûr ces électeurs intéressent désormais ceux qui, hier, ayant en tête le résultat de 2002, flattaient les électeurs de Le Pen. Je n’oublie pas les mots méprisants, les discours durs, qu’utilisaient alors Sarkozy et l’UMP, visages fermés, regards mauvais, cinglant ceux qui subissent déjà la honte des discriminations, et n’ont pas la possibilité, une fois la campagne terminée, de se reposer et de rire de tout cela sur un yacht.

Ces mêmes mots, cette même dureté, on l’entendait déjà en 1998 dans les couloirs du Conseil Régional Rhône-Alpes, lorsque les amis de Charles Million, les amis de ceux qui se prévalent désormais du « MoDem officiel », essayaient de conquérir le pouvoir avec l’aide du FN.

Aujourd’hui cette droite-là, professionnelle de la communication, s’adresse avec les mines qui conviennent, à l’électorat centriste. Elle est arrivée à obtenir l’aide de notables locaux, plus soucieux de conserver leurs sièges ou d’en conquérir d’autres, que d’assumer le discours de vérité de François Bayrou. C’est le centre des « bien-assis » ! Profitant de leur pouvoir, les hommes de ce vieux centre ont mis la main sur le Mouvement Démocrate, pour lui faire dire ce que la droite attendait, en échange de quelques postes.

Certains de nos militants, sincères mais peu expérimentés, s’y sont laissés prendre. Sans se rendre compte que si Le Pen avait devancé Bayrou, on ne les aurait pas traités de la même façon, que la magie des politiciens professionnels de la « com. » aurait visé d’autres cibles.

Nous, les démocrates, sommes très à l’aise avec toute l’équipe de Bernadette Laclais. Nous ne pensons pas tous de la même façon, nous n’hésitons pas à discuter la diversité de nos engagements, ce sont des discussions riches et franches. Entre nous il y a une volonté d’explication, et une volonté d’action dans la sincérité, pas ces manœuvres de séduction... qui précèdent la domination par la puissance. C’est très différent. C’est une différence de fond. Nous parlons dans l’attention au monde où nous vivons, pas avec des gens qui sont prêts à dire n’importe quoi à n’importe qui.

Jean-François Kahn a parlé de la naissance d’un « centrisme révolutionnaire », on a aussi employé l’expression de « centre de gravité ». Les Démocrates qui ont comme moi rejoint la gauche, veulent agir dans le calme de la réflexion, mais ils sont aussi révoltés contre les injustices, révoltés par la politique que conduit l’UMP, écœurés par les manières des politiciens prêts à s’allier au gré du vent avec n’importe qui.

C’est ce qui nous oppose très logiquement, très clairement, à ce que j’ai appelé le centre des « bien-assis ». La franchise de François Bayrou l’a autorisé à bousculer un peu les routines des appareils politiques. Quand on porte avec lui la volonté de répondre aux urgences sociales, on ne se soucie pas beaucoup des petites manœuvres qui visent à capter ce message, ou à revendiquer le monopole de l’usage légitime du Mouvement Démocrate pour mieux l’étouffer.

Michel Haudry