lundi 21 janvier 2008

La sincérité des engagements



La sincérité des engagements est une condition de la liberté démocratique. Je crois que les choix politiques doivent être autant que possible discutés au grand jour, sous les lumières de la délibération. Je ne fais pas mystère de mes choix parce que je n’ai jamais imaginé l’engagement politique comme une amputation volontaire de la liberté.

Après le 1er tour des élections présidentielles, j’ai attendu que François Bayrou ait parlé pour le faire. Ce qu’il a dit m’a bien sûr satisfait, mais même si son choix avait été différent, j’aurais soutenu au 2nd tour Ségolène Royal. J’ai dit pourquoi. Je crois qu’un démocrate ne peut pas se désintéresser de l’élection présidentielle sous prétexte que son favori n’est plus en course. Je ne me suis pas senti autorisé à rester boudeur, ni empêché par la crainte de dire ma préférence.

Je crois, et je l’ai dit aussi, que nous étions appelés à être en opposition politique à Nicolas Sarkozy. Je ne l’ai pas caché aux amis que j’ai au Parti Socialiste, et en particulier, à Bernadette Laclais, j’ai assuré que si nous nous trouvions dans l’impossibilité de constituer une liste à Chambéry, je la soutiendrais. Je souhaite que les militants du Mouvement Démocrate expriment, eux aussi, librement leur choix. Le caractère public de la réflexion n’a rien de fâcheux, il est simplement l’expression de la démocratie que le MoDem a choisi d’illustrer.

J’ai rejoint François Bayrou en 2002, il disait alors « quand on pense tous la même chose alors on ne pense plus rien du tout ». Les anciens se souviennent de cette insolence lancée à la face de l’UMP le jour où elle se constituait. Nous avons aimé cette formule. Relevons le défi inaugural qu'elle lançait, la force d’assumer la diversité, les citoyens attendent que nous disions librement nos choix. Michel Haudry

Sarkozy ne séduit pas les Démocrates


Nicolas Sarkozy a une communication qui séduit beaucoup. Il reste celui qui a séduit par le Kärcher, il est devenu celui qui séduit par l’ouverture. Il réunit ainsi sous son autorité des gens très divers, qu’il a séduits.

Nous, les Démocrates, nous montrons par notre attitude que la première règle de sagesse dans la démocratie, est de prendre garde à la séduction.

Nous sommes en opposition à un pouvoir qui se veut sans limite dans sa communication, et dont les actes suggèrent qu'il n'y a plus de limites à l'action.

Nous n'acceptons pas qu'une sinistre comptabilité détermine un quota d'étrangers à traquer dans les rues et à renvoyer « chez eux », nous n'acceptons pas que la France criminalise la détresse de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants, qui précisément n'ont plus de « chez eux » dans notre monde.

Nous n'acceptons pas qu'un détestable motif technique, ouvre la porte aux menaces totalitaires d'une manipulation politique de la génétique. La France doit être aux avant-postes du combat pour l'Homme, quand la tentation existe de le réduire socialement à un code.

L’opposition n’est pas une simple pose, aux critiques convenues, aux obstructions systématiques. Ce mot peut désigner une attitude toute différente de ce qu’était l’opposition du temps où c’était alternativement la gauche et la droite qui occupaient ce rôle. L'opposition des Démocrates est un appel à la réflexion politique des Citoyens, pour retrouver le sens du débat démocratique

L’opposition, pour nous, ne consiste pas à s’opposer à ce qu’un Gouvernement peut proposer pour le bien du pays.

Les Démocrates ne peuvent pas avoir cette conception de l’opposition parce qu’ils respectent la légitimité de la procédure démocratique, du Gouvernement démocratique, même quand ce Gouvernement ne leur plait pas.

Notre Mouvement Démocrate est une force politique en formation. La démocratie nous rassemble parce qu’elle est en danger. Que demain reste pour chacun un horizon de liberté, mais aujourd’hui nous sommes rassemblés pour exiger le respect des valeurs fondamentales de la démocratie : le respect de l’homme dans le monde, et du citoyen dans chaque nation.

La démocratie est le régime du droit réfléchi, délibéré, par opposition à l’usage de la force ou de la séduction. Elle permet d’espérer une réconciliation des hommes entre eux et avec eux-mêmes. Ce n’est pas ce que l’on voit du pouvoir de Nicolas Sarkozy.

L’ouverture politique proposée par François Bayrou a été caricaturée. Nous pensions que des partenariats clairs, publics, expliqués au pays, devaient permettre de s'attaquer enfin aux déchirures sociales dont souffrent des millions de nos concitoyens, dans la misère, l'abandon, et les humiliations. Nous pensons que cela oblige les responsables politiques à mieux s'écouter et à entendre le pays.

Mais que penser de ce transfuge nommé Ministre de la Défense ?

De cet autre aux Affaires étrangères ?...

La vampirisation de l'opposition n'est pas un signe respect, elle ne cherche même pas à le faire croire ; menée dans l'ombre, elle n'inspire que du dédain pour la faiblesse des hommes devant le pouvoir et les honneurs. Comme dans son rapport à l'argent, le pouvoir sarkoziste honore le cynisme. Nous pensons que c'est exactement le contraire que la politique devrait montrer.

Quel sens pouvait avoir alors la lecture, dans les écoles, de la lettre de Guy Môquet? Je n'y ai pas vu, non plus, un signe de respect. Plutôt le désir que les enseignants, le doigt sur la couture du pantalon, exécutent les ordres du chef. Avec les mots d’un jeune communiste allant mourir, mais au nom de celui qui se pavane avec des milliardaires et des stars, et que seul l’argent semble fasciner, et qui, le 8 mai, au lendemain de son élection, quand tous les maires de France honoraient devant le Monument aux Morts le souvenir de la Libération, se prélassait sur un yacht !

Que dire de la réduction de la dette qui commence en assurant les riches d’un « bouclier fiscal » ?

Des menaces sur le pouvoir d'achat des plus fragiles, en particulier les malades et les personnes âgées?

Quelle est la légitimité de ce secrétaire général de l’Elysée transformé en Premier Ministre ?

Que veut dire le Premier Ministre, transformé en directeur de cabinet, quand il répète qu’il serait « à la tête d’un Etat » quand il n’est pas même à la tête de son propre Gouvernement ? De ce Premier Ministre qui déclare cet Etat en faillite...comme si l’actuel Président n'avait pas été du Gouvernement responsable de la catastrophe, et avec lui son parti, l'UMP, au pouvoir depuis six ans?

Que dire de ces Ministres qui s’en vont assurant que la croissance économique se gagnera avec leurs dents...si longues soient-elles ce n’est pas sérieux.

L’Etat est devenu fou. Fou d’une communication qui peut dire n’importe quoi, tout et le contraire de tout. Nous devons combattre cela parce que dans la société contemporaine, c’est ce qui menace le plus la démocratie : un discours qui a besoin de la télé, sait habilement l'utiliser, mais s'émancipe de la raison, un discours qui fait perdre sens à la société.

Le fascisme aujourd’hui a les manières du berlusconisme. L’arrogance et la puissance se fondent sur la manipulation.

Alors bien sûr notre place, à nous les Démocrates, est dans l’opposition aux méthodes d’une droite qui n’est pas seulement…décomplexée.

Nous sommes une force de conviction qui s’oppose à la manipulation de l'opinion, nous sommes un Mouvement en action pour rendre la parole à des citoyens libres.

Les Démocrates doivent faire cet effort pour ne pas décevoir. L'UMP qui a symboliquement choisi de laisser vide l'espace de sa présidence, comme si cela évoquait désormais le sacré, est le parti d'un homme, le parti du Président. Nous ne pouvons pas maintenir d'alliances avec ce parti, cela ne ferait qu'ajouter à la confusion, et laisser entendre que, nous aussi, nous pourrions pour des postes, nous rallier à une politique que nous désapprouvons. Les stratégies médiocres inspirent des tactiques perdantes.

C’est la sincérité de notre message, c'est le courage de notre conviction, qui nous conduiront au succès. Une lectrice de Mariane, Aurore Vautrin, écrivait : « entre la cacophonie du PS et la voix inaudible du MoDem nous avons l'impression que plus personne ne nous représente, que notre désir de résistance n'est plus porté par personne » (Marianne n°545 du 29/09 au 5/10).

Il est temps de faire entendre enfin, vigoureusement, la voix du Mouvement Démocrate, de prolonger partout en France le message de François Bayrou. Ce message a été largement entendu, il a suscité un enthousiasme que nous n'avons plus le droit de refroidir.

Nous avons besoin de sortir des attitudes convenues. Le succès du Mouvement Démocrate en témoigne. Même s'il faut accepter des moments difficiles, face à l'empire des illusions, RESISTONS.


Michel Haudry