Les siècles ne sont pas seulement délimités par les date officielles de leurs débuts et de leurs fins. L'histoire s'échappe volontiers des solennités. En France le 19ème siècle dut attendre la chute de Napoléon pour devenir celui de la Révolution industrielle. Le 20ème siècle a commencé pour le Monde en 1914, quand la guerre a mis fin à l'illusion positiviste que le progrès humain accompagnait celui des sciences et des techniques. En 1989, ce siècle s'est conclu avec l'effondrement du projet alternatif né de la Révolution Russe de 1917, celui d'une histoire pilotée par des hommes, parce que dans la réalité ce projet a toujours justifié le pouvoir des chefs et la démesure de leurs actes.
Ces vingt dernières années, l'entre deux siècles, nos démocraties décomplexées et désenchantées ont du faire face à l'Islam radical. Il n'a pas la puissance militaire des anciens Empires ennemis, mais il joue avec les angoisses que suscite la violence aveugle du terrorisme.
L'Histoire n'est que la somme des histoires humaines, le produit n'appartient à personne. Un siècle nait, de manière non-officielle, quand des événements, vers son début, marquent longuement les temps que les hommes vivront. Il me semble, c'est une suggestion, que nous sommes témoins d'un événement qui ouvre le 21ème siècle.
Cet événement est apparu en Tunisie, puis en Egypte, il parcourt les Peuples, l'héroïsme en Libye a mobilisé le Monde. C'est une Révolution qui vient. L'usurpation des richesses, la comédie du pouvoir, l'arrogance des positions, tout ce qui semblait éternel, inaccessible, tombe. Les catastrophes au Japon ouvrent aussi l'entrée dans ce siècle des Peuples, où les formes diverses de la domination deviennent ridicules. Le tremblement de terre à Lisbonne avait au 18ème siècle, secoué la réflexion des « Lumières ». C'est désormais notre prétention à dominer la nature que cette nouvelle catastrophe interroge, d'autant qu'elle a pointé la menace nucléaire, la source d'une énergie devenue le moyen et le symbole d'une puissance devenue folle.
Est-ce le capitalisme ou la tyrannie qui s'effondre? Les deux je crois : le capitalisme est une forme particulière de la tyrannie. Il est complice des crimes d'Etat quand cela lui profite, organisateur de délits financiers à l'échelle mondiale, et concepteur de normes qui permettent tout cela. Comme toutes les tyrannies, il s'arrange pour faire croire, pas seulement aux enfants, que son ordre est le seul possible.
Les héros du capitalisme n'ont le souci que de l'argent, pas des « détails » : populations exposées aux catastrophes, familles ruinées par les produits financiers, pollutions de la nature, exploitation du travail humain, jeunesse sans perspectives, asservissement culturel... Ce système exclue ceux qui ne peuvent plus le supporter, et il éjecte ceux qui ne peuvent même pas chercher à le supporter.
Les héros des Révolutions, risquent leurs vies pour s'évader d'un monde désolé, libérés de la tyrannie qui rapetisse tout. Ces héros existent, ils sont désormais des millions dans le monde. Leur combat est clair, c'est un combat pour l'homme dont la vie ne doit pas être volée par des profiteurs. Ne laissons pas obscurcir ce message par ceux qui ont intérêt à le faire, il y a des profiteurs de toutes sortes, les religions en produisent aussi comme on sait, qui sont d'excellents alliés pour les autres. Ne leur laissons pas le temps d'agir.
Ce ne sont pas les partis qui font peur aux tyrans, c'est la Révolution. Dans l'espace de ce temps, ouvert par des Arabes, fléché par des Japonais, elle est là, dans le monde, disponible, prête. Je crois que cette Révolution ouvre le 21ème siècle, j'ai confiance, et je dédie cet espoir au martyr de la tyrannie et premier héros de la Révolution, Mohamed Bouazizi.
Michel Haudry