mercredi 9 mars 2011

Découvrir le centre



Il y a un centre visible qui cherche à se placer en poussant des coudes entre la droite et la gauche. C'est le vieux centre, et comme il a encore en tête les temps de la Guerre froide et du collectivisme, il se réfugie généralement dans les antichambres de la droite. Là, dans l'espoir d'une récompense ou d'un échec du maître des lieux, les représentants de ce vieux centre se disputent entre-eux le premier rôle. Tout cela est visible et il n'y a rien à découvrir.

Concevoir le centre comme une découverte, c'est proposer un mouvement hors de cette scène politique standardisée, sur laquelle il n'y a plus lieu de se positionner parce qu'elle ne répond plus aux attentes de la société.

Le centre qu'il s'agit de découvrir est le compagnon du mouvement par lequel la société cherche à se représenter plus clairement, à se sentir moins loin du pouvoir, à développer une intelligence plus vivante de la démocratie.

L'imagination, l'humour, l'intuition du moment, viennent de révéler que les Peuples peuvent se libérer d'un passé qui semblait figé par d'autres voies que celle de la violence, qu'un centrisme révolutionnaire est possible. N'est-ce pas ce que nous espérons des Révolutions qui viennent de Tunisie, d'Égypte, de Libye?

Nous qui vivons dans les riches sociétés démocratiques, notre histoire est pauvre d'avenir aussi, à moins d'en changer le cours. En France comme partout, la crise du capitalisme financier révèle des rapports sociaux qui sont devenus insupportables, blessants, à la fois dans la proximité, et dans la distante indifférence des pouvoirs. Souffrances à l'école, au travail, dans les familles, dans la solitude. L'imagination créatrice des émotions s'étouffe, les talents se gâchent, les vies s'épuisent.

Il y a un centre de gravité à trouver loin des habitudes. Là où le populisme se joue des frustrations et des peurs qu'elles inspirent, un mouvement s'engage pour laisser exprimer autre chose de plus personnel, de plus délicat, qui ne s'échauffe pas mais a besoin de sentir la chaleur d'une société humaine. Ce centre de gravité peut se trouver dans des opinions très éloignées du centre de la scène politique, ce n'est qu'une habitude sans importance, un jeu d'images.

C'est dans une société de confiance, d'attentions, de solidarité, que le Peuple de la démocratie se constitue. Quand les douleurs et les beautés de chaque vie conquièrent le droit d'être perçues, quand la vie de chacun compte.

Il y a un centre à trouver comme un rapport plus harmonieux aux hommes et à la nature, et qui oppose aux violences de la peur, des inégalités insupportables, la force d'une lucidité qui se découvre dans la proximité. Tout ne se joue pas d'emblée à l'échelle mondiale, entre les dirigeants de la planète. L'émancipation de chaque Peuple, l'abolition des rapports de domination, d'humiliations, libèrent des possibilités nouvelles, offertes à l'imagination de tous, ici et maintenant.

Le centre à découvrir, c'est le renoncement aux idéologies qui brident, et au cynisme qui égare. Pas besoin de carte pour y aller, ni de certificat pour y être, ce serait trop simple de s'en tirer à si bon compte. On ne découvre rien si l'on ne s'engage pas. Découvrir le centre ce n'est pas le dire platement, mais d'abord le voir, et le faire savoir, pour qu'agissent ensemble ceux qui n'ont pas lieu de se diviser, et qu'à l'évidence de conflits vains, succède un air de liberté.

Michel Haudry